Accueillants familiaux

Rencontre avec Sophie, accueillante familiale en Haute-Marne

3 décembre 2018 No Comments
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Nous avions rencontré Sophie, accueillante familiale, à l’occasion de notre websérie Le quotidien en accueil familial, dont les 7 épisodes ont été vus par plus de 25 000 personnes sur les réseaux sociaux. A la suite de cette série, nous avons voulu donner la parole à la cheffe d’orchestre de la maison.

Sophie est accueillante familiale. Son métier est d’accueillir, chez elle, trois personnes âgées ou en situation de handicap afin de leur permettre de vivre une vie riche et active malgré leur perte d’autonomie. L’accueil familial est un bon moyen de participer pleinement à la vie de famille, d’entretenir des activités et contacts sociaux qui tiennent à distance les maladies évolutives et la dégénérescence liée à l’âge.

« Pour être à mon rythme, au rythme des pensionnaires, au rythme de la vie, c’est le métier qu’il me fallait. »

Rencontre avec Sophie, accueillante familiale

CetteFamille : Tu es accueillante familiale depuis 2 ans, comment en es-tu venue à faire ce métier ?

Sophie : A cause d’une saturation des structures de logement collectifs pour les personnes âgées. Je voulais être autonome dans mon métier, gérer mon emploi du temps comme je l’entends avec mes pensionnaires. Je voulais respecter leurs envies, les amener à des choses qu’ils et elles ne connaissent pas encore, et pourquoi pas réaliser quelques rêves. Ce fut le cas avec Sandrine qui voulait aller à Center Parcs, c’était un rêve qu’elle pensait ne jamais pouvoir réaliser et finalement nous l’y avons emmenée. Elle a pris un bain, comme une autre de mes pensionnaires que j’ai amenée dans la piscine pour la première fois de sa vie. C’est valorisant pour elles et en EHPAD c’est impossible car le temps est limité par le planning, les collègues, et tout le règlement intérieur destiné à la vie collective.

Je connaissais des familles d’accueil depuis 20 ans, et ça m’est revenu en mémoire lorsque j’ai quitté la fonction publique. Pour être à mon rythme, au rythme des pensionnaires, au rythme de la vie, c’est le métier qu’il me fallait.

En achetant la maison, nous nous sommes posé la question « que faire des chambres en plus ? » J’en ai parlé à ma compagne et l’idée s’est imposée.

Comment décriais-tu ton métier au jour le jour ?

Beaucoup de sourires, mais c’est forcément fatigant parce qu’on est seuls dans ce métier. Ça peut être fatigant moralement, mais je m’épanouis énormément, c’est vraiment génial de voir leur évolution à elles. Mon job, c’est de leur permettre de regagner de l’autonomie au quotidien, et donc une certaine dignité. C’est primordial, c’est pour ça que je leur dédie une pièce de vie. Non pas pour les éloigner de moi, mais pour leur permettre d’avoir la responsabilité d’entretenir, de décorer une pièce. Elles y font ce qu’elles veulent, ça leur permet d’être chez elles tout en étant chez moi.

En EHPAD on ne peut pas participer à toutes les petites choses du quotidien : les repas, l’aménagement, débarrasser une table etc. Elles ont donc leur salle de bain, leur cuisine dédiée, en plus des chambres et de la pièce commune. Ici elles se lèvent et se couchent, quand elles veulent. Je les accompagne pour les garder autonomes, je suis là pour les aider et non pour les remplacer.

Vous faites aussi des activités, comme on a pu le voir dans la websérie ?

Oui, nous faisons du sport, des gâteaux, on va faire les magasins, elles gèrent leur argent elles-mêmes et achètent ce qu’elles veulent. Je n’ai pas à intervenir là dedans, elles sont responsables.

La journée type c’est réveil, petits rituels du matin, beauté, s’il fait beau on prend un petit café sur la terrasse avant le repas du midi. L’après-midi est dédié aux activités, mais parfois on peut aussi ne rien faire, se reposer. Il n’y a pas de planning trop rigide, c’est au goût de chacun, mais on essaie de faire chaque jour un petit quelque-chose, même si ça n’est qu’une courte balade. Les moments de creux permettent aussi d’apprendre l’autonomie et de décider par elles mêmes que faire de ce temps libre.

Comment choisis-tu les activités ?

Avec elles, en fonction de leurs demandes mais aussi de leurs pathologies. Il faut que ça leur plaise à toutes les trois. J’essaie toutefois de ne pas tomber dans les activités « mémèrisantes » parce que c’est aussi leur rappeler qu’elles ont un certain âge, qu’elles en seraient pas capables etc. En réalité elles apprécient beaucoup les activités « apéro » avec modération bien sûr.

On a créé un jeu de société spécifique pour Claudine par exemple, qui souffre de la maladie d’Alzheimer. J’ai fait des bouts de bois coupés, peints en couleurs pour bien les différencier. Il y a deux lots de mots, avec des synonymes qui sont des mots de tous les jours, pas des mots compliqués. C’est un jeu qui fait travailler la mémoire, et même s’il semble très facile pour nous, elle met une demi-heure ou une heure pour le terminer.

Sans avancer d’avis médical, je pense que tout ça, en stimulant au quotidien les pensionnaires, permet de ralentir la dégradation de l’autonomie. Les maladies, comme Alzheimer, évoluent quand même, bien entendu, mais moins vite. Et moins vite qu’en institution, c’est une certitude. Les personnes qui souffrent d’Alzheimer peuvent ré-apprendre certains gestes si elles sont mis en condition avec des rituels réguliers.

Qu’est ce que tu préfères dans ce métier ?

Les sourires, le fait que mes accueillies apprécient la vie ici. Le fait que leurs familles soient heureuses et rassurées de les savoir ici. J’ai de bons contacts avec les familles, elles semblent heureuses de mon travail.

Aurais-tu un conseil à donner aux accueillants familiaux qui hésiteraient à se lancer ?

Attention à ne pas trop rentrer dans le sentiment. Sans quoi ça peut être difficile. Ne changez pas votre mode de vie du tout au tout, une vie de famille ça n’est pas arrêter d’être soi-même. On va peut-être ralentir un peu, s’adapter, mais nous nous sommes une famille qui bouge, on ne va pas changer ça.

Foncez ! Si vous voulez vivre et travailler à la maison, et si vous avez un petit cœur humain, foncez ! Il faut juste être humain. 🙂

× Propos recueillis en juillet 2018
Merci à Sophie pour son accueil durant cette semaine en immersion.

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